Le Fusil Charleville Modèle 1777, Corrigé An IX
By Koen De Smedt

L'arme standard de l'infanterie française était le fusil à silex à canon lisse Charleville, pour notre période essentiellement le modèle 1777. Plus tard, suivit le modèle 1777, corrigé An IX (1801)

Le Fusil Charleville

Composition

Cette arme se compose de trois parties principales, le fût (en bois), un canon lisse et la platine (dispositif de mise à feu). Le fût est fait en bois, surtout de châtaignier, et comprend la crosse à proprement parler et la partie dans laquelle s'insère le canon. S'y trouve aussi un mécanisme de détente muni d'un pontet rond. A la base de la crosse se trouve une plaque en métal.

La section du canon commence comme un hexagone puis se fuselle jusqu'à devenir ronde à la gueule. Le calibre est de 17.5mm. Canon et fût sont maintenus ensemble par trois anneaux ou grenadières, fixés par des ressorts (sur le modèle 1777, la première grenadière est maintenue par une vis), et par une vis au niveau de la platine. Dans le canon, il y a un petit trou, la lumière, au niveau du bassinet, par lequel la poudre peut être enflammée. En haut du canon, se trouve un cube sur lequel on peut fixer la baïonnette. Sur la platine, on distingue les éléments suivants : le chien, dans lequel le silex est fixé par un morceau de cuir ou de plomb sur la porte-silex ou marteau ; le bassinet en cuivre dans lequel la poudre destinée à être ignée est versée, avec une plaque de percussion que vient frapper le silex en produisant des étincelles, et qui fait aussi office de couvre bassinet, empêchant la poudre de tomber du bassinet lorsque l'arme est remuée.

Le mécanisme fonctionne grâce à trois ressorts ; deux à l'intérieur (un pour le chien et un pour la détente) et un à l'extérieur pour couvre de bassinet. La platine est fixée au moyen de deux vis traversant le fût.

Opération

Une petite quantité de poudre est versée dans le bassinet (l'amorce). En théorie, une quantité de la taille de la lunule du doigt est suffisante, mais dans la pratique, il est plus prudent d'en utiliser un petit peu plus de façon à ce que votre fusil soit fonctionnel en toutes circonstances. Remplir seulement le fond du bassinet est plus que suffisant. Trop de poudre dans le bassinet peut provoquer des gerbes d'étincelles et de poudre incandescente qui peuvent gêner, voire blesser, votre voisin dans la ligne ou vous-même.

Le reste de la cartouche est versé dans le canon, suivie de la balle (uniquement lorsqu’on tire sur cible, bien entendu !) et de l'emballage en papier de la cartouche. Cela empêche la balle, qui est plus petite que le diamètre du canon, de rouler hors de celui-ci.

Le tout est bourré avec la baguette (uniquement lors des démonstrations, jamais au cours des simulations, car si la baguette est oubliée, elle se transforme en projectile mortel).

Lorsque le chien est armé (troisième position), et que la détente est pressée, le ressort de la détente est relâché, et le chien vient frapper devant lui. Le silex frotte violemment le couvre-bassinet en acier, ce qui produit des étincelles. Ce dernier est retenu par un ressort, aussi ne cède-t-il pas facilement, mais offre une certaine résistance de manière à ce que des étincelles soient produites.

Celles-ci entrent en contact avec la poudre du bassinet, qui prend feu. Par la lumière, celui-ci se propage dans le canon et enflamme la poudre qui s'y trouve. À cause de la transformation des gaz et de la pression, la balle est expulsée du canon. Celui-ci a la face intérieure lisse, contrairement aux fusils plus modernes, qui sont rayés.

L'avantage d'un canon rayé est que la balle tourne sur elle-même et, par conséquent, voit sa portée et sa précision augmentées.

Problèmes

Il y a quelques facteurs qui peuvent influer négativement sur le processus de tir. J’en citerai quelques-uns, assortis de leur solution possible.

  1. Poudre humide. Elle ne prendra pas feu ou difficilement. Les causes de l’humidité de la poudre sont multiples. Il se peut que la poudre du bassinet soit devenue humide en raison de la pluie ou de la neige. Cela peut se régler en mettant de la poudre sèche dans le bassinet. Cependant, si la poudre à l’intérieur du canon s’est humidifiée, alors elle devra également être remplacée, ce qui est moins simple. Vous êtes vraiment dans le pétrin si la poudre dans votre giberne s’est mouillée.
  2. Combustion dans le bassinet. Dans ce cas, seule la poudre contenue dans ce dernier s’enflammera, pas celle du canon. Le problème, ici, réside dans l’obturation de la lumière (par des résidus de poudre, du papier, etc.). Essayez de dégager la lumière avec l’épinglette. Parfois, la cause en est que la poudre n’est pas en contact avec la lumière ; dans ce cas, il suffit de garder le fusil incliné légèrement sur la gauche ou de pousser le poudre vers la lumière. Assurez-vous de laisser à la poudre du canon le temps de s’enflammer (jusqu’à 5 secondes), car la vitesse d’inflammation dépend de plusieurs facteurs, par exemple, de la qualité de la poudre.
  3. Pas de combustion, même dans le bassinet. Ceci peut également être dû à plusieurs raisons. Vérifiez si vous obtenez une étincelle. Si ce n’est pas le cas, alors vérifiez votre silex. Il peut être usé, sale, mal fixé ou bien la vis du chien a pris du jeu… Parfois, il est utile de verser un peu d’huile sur le silex, ce qui facilite la production d’étincelles. Vous pouvez aussi retourner le silex (haut/bas ou avant/arrière). Il arrive également que le vent emporte vos étincelles.

Il serait judicieux de nettoyer le bassinet, le couvre-bassinet et le silex régulièrement avec un chiffon ou une petite brosse. Au bout d’un certain temps, on apprend généralement à connaître les caprices de son fusil et à y remédier au mieux.

 

Entretien

Entre deux batailles (au cours d’un même week-end), un nettoyage sommaire est le plus approprié. Dans ce cas, on démonte simplement certains éléments du fusil et on se livre à un nettoyage moins minutieux. Un nettoyage en profondeur est nécessaire après une reconstitution, et si vous voulez ranger votre arme pendant une période plus longue, quelques mesures supplémentaires ne seront pas du luxe.

De quoi a-t-on besoin pour nettoyer un fusil ? Tout d’abord, d’un tournevis, de quelques morceaux de chiffon et d’un ensemble de nettoyage pour le canon. Cela peut être un ensemble de luxe, comprenant tout un assortiment de brosses et de porte-brosses ou bien un simple bout de laiton que vous pouvez fixer sur votre baguette. Il faut une brosse (une vieille brosse à dents ou une petite brosse métallique que vous trouverez dans n’importe quel magasin de bricolage), de l’huile (huile d’olive, huile pour fusil ou autre huile de moteur, par exemple WD 40). Ensuite, du «dissolvant à poudre» est bien pratique, avec une boîte de conserve pour le mélanger. Puis il vous faut quelque chose pour verser de l’eau dans le canon (une tasse par exemple) et une allumette ou un morceau de bois.

Pour un nettoyage en profondeur, vous avez aussi besoin d’une pince à ressort, de vaseline et de produit pour faire briller les métaux, ainsi que d’antirouille. Un morceau de paille de fer peut également vous rendre de grands services.

1. Nettoyage sommaire

Retirez la platine du fusil en dévissant les deux vis. Enlevez le canon de sa monture, dévissez un peu la vis à l’extrémité du canon. Donnez du jeu aux trois grenadières et retirez le canon du fût. Il vaut mieux le faire afin d’éviter que, lorsque les grenadières sont enlevées et que la vis au bout du canon est encore fixée, le bois ne soit abîmé quand le canon tombe.

Mettez le canon à terre (pas trop profond) et versez-y de l’eau chaude jusqu’à ce qu’en sorte de l’eau claire. Lorsque le canon est très sale, vous pouvez aussi boucher la lumière avec une allumette et verser de l’eau chaude et du dissolvant à poudre dans le canon, puis le laisser s’en imprégner pendant un moment. Après, rincez-le avec de l’eau chaude. Si vous le souhaitez, vous pouvez le récurer avec vos accessoires de luxe. Ensuite, mettez un bout de chiffon sur votre baguette de nettoyage et passez la dans votre canon jusqu’à ce qu’il ne reste plus de trace de crasse et que le canon soit sec. Pulvérisez de l’huile dans le canon et essuyez en un peu avec un morceau de chiffon propre ou bien imprégnez un chiffon d’huile et passez le dans le canon.

Mettez également de l’huile sur votre baguette. Laissez sécher, cette huile forme une pellicule sur le métal.

Retirez le silex et le marteau du chien. Ouvrez le couvre-bassinet, nettoyez bien le bassinet (si nécessaire avec du dissolvant à poudre, de l’huile ou du produit pour faire briller le métal, et une brosse). Un bassinet encrassé peut causer des problèmes d’inflammation. Essuyez les débris de poudre de la platine et rincez-la avec de l’eau chaude jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. Séchez la bien, puis huilez la soigneusement, surtout le mécanisme intérieur de la platine.

Nettoyez la partie en bois, astiquez les grenadières et huilez-les. Nettoyez aussi les vis et huilez-les.

Remontez votre fusil, si nécessaire mettez un silex neuf et nettoyez le bois avec un chiffon imbibé d’huile. Assurez-vous, lorsque vous remettez la platine en place, qu’elle se trouve dans la bonne position.

2. Nettoyage en profondeur

Même processus, mais vous effectuez un nettoyage plus minutieux.

C’est maintenant que vous pouvez démonter certains éléments de la platine pour mieux les nettoyer ; par exemple, vos bassinet et couvre-bassinet, certaines vis, etc. N’oubliez pas de ne jamais desserrer de ressort sans pince à ressort, et de laisser ces éléments tendus lorsque vous les défaites, jusqu’à ce que vous les ayez remis en place. Si vous ne le faites pas, le ressort se défera et le risque est grand que le ressort se casse.

Avec de l’antirouille (ou du coca cola) et de la paille de fer, vous pouvez alors débarrasser soigneusement le canon, les grenadières et les vis de la rouille. Après, n’oubliez pas de bien rincer ces éléments. Avant de ranger, huilez bien toutes les parties en métal. Sur certaines parties en métal mobiles, vous pouvez mettre de la vaseline. Si vous voulez ranger votre arme pendant plus longtemps, il serait sage d'utiliser une huile à fusil plus épaisse, ainsi que de la vaseline sur les parties mobiles.

Pensez aussi, lorsque vous mettez votre fusil de côté (même pour quelques heures), à ouvrir le bassinet et à placer le chien en position désarmée (le silex presque posé dans le bassinet). Cela soulage la tension du ressort et le fait durer plus longtemps.

Autre conseil : rangez votre arme dans un étui solide que vous pouvez fabriquer vous-même avec de la toile ou un vieux pantalon ou bien acheter dans un magasin spécialisé.

Silex

Un aspect important du tir est l’utilisation de silex. Il y en a de sortes et de tailles différentes disponibles à la vente, et cela exige souvent quelques recherches avant de trouver le silex qui convienne à votre fusil. Les silex appropriés pour votre Charleville sont les silex naturels (noirs ou gris) d’environ 2 cm de long sur 1,5 cm de large. Pas trop épais, afin qu’ils s’insèrent bien dans le marteau, mais pas trop minces non plus, afin qu’ils ne se brisent pas facilement. Il leur faut une extrémité aiguë qui émette bien des étincelles. L’idéal serait que le silex ait deux côtés utilisables. Un silex dure en moyenne 30 coups, mais avec un bon silex on arrive parfois à en tirer le double.

Il y a aussi la pierre d’agate taillée, mais celle-ci est trop dure et peut abîmer votre couvre-bassinet.

Pour bien fixer le silex dans le marteau, utilisez un morceau de cuir ou de plomb. Faites attention de ne pas placer le silex trop près du canon pour qu’il ne se brise pas dessus.

Tuyaux

Il est bon de conserver quelques silex supplémentaires dans un petit sac à l’intérieur de votre giberne. Vous pouvez également y mettre un petit tube d’huile (pour huiler le couvre-bassinet), quelques morceaux de plomb ou de cuir, ainsi qu’un tournevis ou autre chose pour démonter votre marteau.

Une pièce très pratique est le «kit brosse et épinglette» qui contient une épinglette et une brosse en poil de cheval qui permet d’entretenir son fusil pendant la bataille. Un simple chiffon peut aussi faire des merveilles. Et une épinglette se fabrique aisément avec du fil de cuivre (un fil électrique épais par exemple).

Quand les choses ne sont pas très claires, attrapez un vétéran par le colback lors de la prochaine reconstitution et, si vous y survivez, vous pourrez lui demander poliment s’il peut vous renseigner…